Plus de bornes, plus de puissance, plus d’intelligence… ce que nous promet le patron d’Electra

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Aurélien Meaux, co-fondateur et Président d'Electra
Aurélien de Meaux, co-fondateur et Président d’Electra

Rentable depuis le début de l’année, Electra entend passer à la vitesse supérieure. Bornes de 600 kW, stations agrandies, application ouverte à tous les réseaux et dopée à l’IA : rencontré au Mondial de l’Auto, Aurélien de Meaux, cofondateur et président de l’opérateur, détaille ce qui attend les électromobilistes dans les prochains mois.

« Plus de bornes, plus de stations, plus d’Allemagne, plus de partenariats, plus d’IA, plus de points de charge et plus de puissance. » Interrogé sur ce que les conducteurs électriques peuvent attendre d’Electra d’ici début 2027, Aurélien de Meaux résume sa feuille de route pour les lecteurs d’Automobile Propre. Six ans après sa création, l’opérateur compte plus de 800 stations dans dix pays, dont environ 415 en France. Et il ne compte pas ralentir…

La genèse d'Electra

Avant Electra, Aurélien de Meaux a cofondé Cheerz, une application d’impression photo lancée en 2012. En 2020, en pleine crise sanitaire, il quitte l’aventure et décide de se lancer dans la mobilité, un secteur qui le passionne. Il interroge alors une quinzaine de proches et d’experts sur leur passage à l’électrique. « Au bout d’une minute, ils me parlaient tous de la recharge : je suis en copropriété, je n’ai pas de place de parking, il paraît qu’il n’y a pas assez de bornes, que les bornes sont en panne… », se souvient-il.

Avec Julien Belliato, issu du monde des infrastructures, et Augustin Derville, il fonde Electra avec une idée simple : recréer l’expérience de la station-service. « Il y en a partout, ça marche 100 % du temps et ça prend trois minutes. Il fallait recréer les mêmes conditions pour que passer à l’électrique ne soit pas un effort. » Le timing s’avère idéal : deux ans plus tard, l’Europe acte la fin des ventes de voitures thermiques neuves en 2035, et les fonds d’investissement se ruent sur le secteur.

Plus de puissance, plus de bornes

Concrètement, qu’est-ce qui va changer pour les clients d’Electra dans les mois à venir ? Premier chantier, et pas des moindres : la puissance. Après des bornes de 300 et 400 kW, Electra généralise désormais le 600 kW sur ses nouvelles stations, pour accompagner les modèles les plus récents capables d’encaisser des puissances de recharge toujours plus élevées. Les stations les plus anciennes ne sont pas oubliées : une partie du parc installé en 2021 et 2022, qui a « un peu vieilli », va être rééquipée avec des bornes entièrement neuves, plus puissantes et plus nombreuses.

Car l’autre objectif est d’agrandir les stations, qui comptent aujourd’hui en moyenne six à sept points de charge. « Dès lors que la place le permet, on va faire en sorte qu’il n’y ait quasiment plus aucune station avec seulement quatre points de charge, et qu’elles en aient toutes au minimum six ou huit », annonce Aurélien de Meaux. « On veut des stations plus grandes et plus puissantes, pour que les gens n’aient pas d’inquiétude. »

Côté matériel, Electra s’appuie sur le fabricant italien Alpitronic. « Je pense qu’ils ont entre 50 et 60 % de parts de marché en Europe. C’est colossal, ce qu’ils ont fait », souligne Aurélien de Meaux, qui salue la qualité des équipements et la spécialisation du constructeur.

Pour le dirigeant, cette réussite illustre une tendance de fond dans l’électrique. « Dans la voiture électrique, qui gagne ? Tesla, BYD, XPeng, de nouveaux acteurs. Quand il y a une rupture d’innovation, ceux qui sont 100 % focalisés, qui pensent matin, midi et soir à faire le meilleur produit, sont en général meilleurs que les historiques. Ça rebat les cartes. » Une philosophie qu’il applique aussi à Electra : « Nous, on n’a pas d’autre agenda, pas d’autre business. »

Le logiciel, l'arme secrète d'Electra

Si Electra achète ses bornes à Alpitronic, tout ce qui les fait fonctionner est développé en interne. « On achète le hardware selon la configuration qu’on demande, et on le connecte avec notre logiciel. Tout le software, toute l’intelligence, c’est nous qui l’avons développé », insiste Aurélien de Meaux. Une singularité dans un secteur où de nombreux opérateurs sous-traitent cette brique. « Honnêtement, c’est la très grande force d’Electra. Sur la tech, je pense qu’on a deux ou trois longueurs d’avance sur le marché. »

Pour le dirigeant, l’opérateur avance sur deux jambes : d’un côté, l’industriel (raccordement, permis, travaux avec Enedis, maintenance, exploitation), de l’autre, la technologie. « On dit qu’une voiture est un ordinateur sur quatre roues. Une borne, c’est un ordinateur debout. Il nous envoie en continu des milliers d’informations qui viennent de la voiture, du réseau électrique et de la borne. »

Ces données servent d’abord l’expérience utilisateur : recharge automatique (Autocharge), Plug & Charge, abonnements, réservation. Mais elles sont aussi précieuses pour la maintenance. « On peut redémarrer une borne à distance, faire du prédictif, répartir intelligemment la puissance. Il y a une énorme finesse, on pourrait en parler des heures avec les équipes tech », assure Aurélien de Meaux.

Pour faire vivre ce logiciel, Electra emploie 70 développeurs, qui déploient deux à trois mises à jour par jour. Compatibilité avec les nouveaux modèles, remontée d’erreurs, gestion des quelque 250 cartes de recharge acceptées : « Il y a beaucoup plus de cas d’usage que dans le pétrole, avec toutes ces histoires de puissance et de communication avec la voiture. Sous-traiter ça, c’est trop dur pour moi. »

Plus d’intelligence : une seule appli pour tous les réseaux

C’est la grosse nouveauté de l’année. Depuis fin juin, l’application Electra donne accès à toutes les bornes publiques, quel que soit leur opérateur : plus d’un million de points de charge dans les dix pays où l’entreprise est présente. Pour le patron d’Electra, il s’agissait avant tout de répondre à une demande récurrente des utilisateurs. « On nous l’a beaucoup demandé. Les gens nous disaient : j’adore l’application Electra, je m’en sers tout le temps, mais dès que je dois aller sur un autre réseau, parce qu’Electra n’est pas partout, je suis obligé de changer d’appli. Maintenant, ils vont pouvoir rester sur la même ! ».

Pour se démarquer, Electra assure n’appliquer aucune commission ni majoration sur les recharges effectuées chez ses concurrents : le prix affiché est celui de l’opérateur. L’application propose aussi des tarifs avantageux sur son propre réseau comme sur ceux de ses partenaires de la ChargeLeague, l’alliance montée avec Fastned, Ionity et Atlante.

Concurrente de Chargemap (qui appartient au même groupe qu’Automobile Propre, ndlr), l’application intègre aussi un planificateur d’itinéraire compatible CarPlay. Celui-ci tient compte de la météo, de la température, du modèle de voiture et de sa courbe de recharge pour optimiser les arrêts. Une formule qui semble séduire : Electra revendique 100 000 utilisateurs de sa carte en trois mois, dont environ la moitié en France.

Prochaine étape : la commande vocale, dopée à l’intelligence artificielle. « L’idée, c’est que vous puissiez dire : emmène-moi à Nice, arrête-moi à 18 h parce que je veux faire une pause, fais-moi le trajet le plus économique, ou le plus rapide », décrit Aurélien de Meaux. Les premières versions sont en test. L’opérateur veut aussi multiplier les passerelles avec les constructeurs et les outils de navigation, pour simplifier encore le parcours, du préconditionnement de la batterie jusqu’au paiement.

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La disponibilité du réseau, une priorité

Electra a fait de la disponibilité de ses bornes une priorité. Au cœur du dispositif : un centre de supervision installé à Lyon, le NOC (Network Operating Center). Le bâtiment, dont l’officialisation est attendu dans les prochains jours, accueille une vingtaine de personnes qui surveillent en continu l’ensemble du réseau. L’IA y est aussi mise à contribution : elle analyse les appels et les emails des clients pour faire remonter automatiquement les problèmes les plus fréquents (câble qui chauffe, carte refusée…) aux équipes techniques.

Sur le terrain, l’opérateur mêle ses propres techniciens, les « Flying Doctors », et de grands mainteneurs partenaires, trois par pays, comme Eiffage ou Omexom en France.

Electra n’échappe pas non plus au fléau des vols de câbles. « On n’en a pas plus que les autres, mais on est aussi victime de ce phénomène », reconnaît Julien Belliato, cofondateur d’Electra et directeur des opérations. Pour l’opérateur, la facture est lourde. « Un câble coûte entre 1 000 et 1 500 €. Les voleurs, eux, brûlent tout pour récupérer le cuivre et n’en tirent que 40 à 70 € par câble. C’est un fléau. » Pour y faire face, Electra combine plusieurs parades. « On essaie d’abord d’empêcher que ça se passe, en protégeant les câbles avec des gaines en Kevlar. Ça marche souvent, mais pas tout le temps, ça dépend de l’équipement des voleurs », détaille notre interlocuteur. Les stations sont aussi équipées d’alarmes reliées aux commissariats, qui se déclenchent dès qu’une caméra repère une intrusion ou qu’un premier câble est sectionné. « Ça marche assez bien : certains se sont fait attraper comme ça. » L’opérateur collabore enfin avec les forces de l’ordre et les autres opérateurs, notamment au sein de l’association Charge France. « Ces dernières semaines, il y a eu pas mal d’arrestations. On voit que ça commence à marcher. ».

Rester sur son cœur de métier

Camions électriques, recharge à domicile : Electra ne compte pas se disperser. « Ma petite expérience d’entrepreneur m’a appris à ne faire qu’une seule chose et à le faire bien. Pour Electra, c’est la recharge rapide ouverte au public », résume Aurélien de Meaux, qui rappelle que les dix marchés visés représentent à terme 230 à 250 millions de véhicules à électrifier.

Sur les poids lourds, le dirigeant est convaincu que l’avenir est électrique. Pour autant, Electra n’en fait pas une priorité. « On ne peut pas tout faire ». Si une ou deux places pourront être réservées aux camions sur certaines stations, quand le foncier le permet, la logique d’implantation se fera uniquement de manière opportuniste. En d’autres termes : la recharge électrique des poids lourds ne fait pas partie des priorités stratégiques d’Electra.

Même logique pour la recharge à domicile, un tout autre métier qui suppose de négocier avec les copropriétés et les syndics. Plutôt que de s’y lancer, Electra a ici noué un partenariat avec Zeplug.

Un business devenu rentable

S’il lui reste encore à rentabiliser les quelque 1,2 milliard d’euros levés depuis sa création, entre capital et dette, l’opérateur affiche une santé financière solide. L’entreprise est rentable (EBITDA positif) depuis le début de l’année, et n’envisage pas de nouvelle levée de fonds avant 2028 ou 2029.

Electra revendique plus de 20 % de part de marché sur la recharge rapide en France, où il affirme être le premier opérateur en énergie délivrée avec une métrique fétiche : celle du taux d’utilisation « Si la moyenne du marché est à 100, Electra fait à peu près 230 à 250 », assure Aurélien de Meaux. Un succès qu’il explique par le choix des emplacements, la technologie, l’effet réseau et un maillage très urbain, prisé des flottes.

Les flottes, justement, continuent d’affluer, poussées par la flambée du gazole. Transporteurs et livreurs comme UPS, DHL, Amazon ou Chronopost, mais aussi VTC et taxis comme G7, Uber ou Bolt, accélèrent leur transition. L’opérateur compte aujourd’hui 750 à 800 flottes partenaires en Europe et devrait approcher le millier d’ici la fin de l’année, un peu en deçà des 1 200 initialement visées.

« Il y a deux ou trois ans, les gestionnaires de flottes passaient à l’électrique pour des raisons RSE. Aujourd’hui, ce sont des questions de prix », observe Aurélien de Meaux.

L’Allemagne, nouveau marché prioritaire

À l’international, l’Allemagne concentre les ambitions d’Electra. L’opérateur y compte déjà une cinquantaine de stations et vise la centaine d’ici la fin de l’année, avec un objectif de 800 implantations à l’horizon 2030.

Pour accélérer, Electra entend combiner développement de nouvelles stations et acquisitions. Car pour Aurélien de Meaux, la consolidation du secteur est inévitable. « Dans la recharge, small is not beautiful », sourit-il. Le dirigeant nous confirme d’ailleurs qu’une première acquisition de réseau devrait être annoncée dans les prochaines semaines, dans un pays limitrophe.

En France, Electra reste à l’affût, sans avoir encore « trouvé chaussure à son pied ». À terme, le développement international doit prendre le dessus : 60 % des stations de l’opérateur seront situées hors de France fin 2027, et 70 % vers 2030.

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« Vendre Electra ? Ça ne m’intéresse pas »

Si Aurélien de Meaux a fait une belle affaire en cédant Cheerz au groupe allemand CEWE, qui en a racheté 80 % en 2018 pour environ 36 millions d’euros, il ne se voit pas suivre le même chemin avec Electra.

« Vendre, ça ne m’intéresse pas. J’ai déjà vendu une boîte, j’ai eu la chance de gagner un peu d’argent à cette époque. Aujourd’hui, je vois le potentiel et les perspectives : la décennie 2020, on a beaucoup construit ce réseau. Pour la décennie 2030, il y a un milliard de choses à faire. »

Avec un objectif de 2 500 stations d’ici 2030, Electra a encore du chemin à parcourir. Mais Aurélien de Meaux voit dans l’accélération des ventes de voitures électriques de quoi nourrir son optimisme. « Il y a deux ou trois ans, on regardait les Pays-Bas ou le Danemark à 40 % en se disant que ce serait extraordinaire. Il y a quelque chose d’assez grisant à se dire que c’est en train de se faire. »

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