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Co-gérant et directeur administratif et financier de S2i Evolution, une agence web et e-commerce installée près de Mulhouse et à Strasbourg, Luc Eschbach a fait basculer les véhicules de fonction de l’entreprise à l’électrique dès 2021. Tesla, Audi, Skoda : sa flotte roule désormais sans une goutte de carburant. Un choix d’abord dicté par les chiffres, qu’il détaille sans détour, de la négociation des loyers en concession jusqu’à l’accueil réservé par les salariés.
S2i Evolution emploie 26 personnes, réparties entre ses agences de Brunstatt-Didenheim et de Strasbourg, et intervient sur cinq départements : le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, le Territoire de Belfort, le Doubs et les Vosges. Les huit véhicules électriques de la société sont réservés à la direction et aux besoins de services. Ils parcourent chacun en moyenne 20 000 km par an, pour les rendez-vous clients comme pour la vie privée de leurs conducteurs.
Comment la société a-t-elle réalisé sa transition ? La première étape remonte à 2020, en pleine crise sanitaire. Luc prend alors possession d’une Skoda Superb hybride rechargeable, seul et unique PHEV de l’histoire de l’entreprise. L’expérience tourne court : « Je faisais plus de 30 000 km par an. Avec sa petite autonomie électrique, je passais quand même à la pompe toutes les semaines. »
Face à cette dépendance aux carburants, l’année suivante, l’entreprise passe à l’électrique avec un Skoda Enyaq, premier véhicule électrique de la flotte. Ont suivi une Peugeot e-208, des Tesla, d’autres Skoda et, plus récemment, des Audi. Aujourd’hui, le parking de l’agence accueille huit véhicules : deux Audi Q6 e-tron, quatre Tesla Model Y, une Tesla Model 3 et un Skoda Elroq.
Pas de discours militant chez ce gestionnaire : la motivation est d’abord financière. Les voitures électriques échappent aux malus et taxes qui frappent les véhicules thermiques d’entreprise, et bénéficient d’un plafond d’amortissement plus élevé.
Et sur le poste carburant, l’écart est spectaculaire. Luc Eschbach estime l’économie entre 1 500 et 2 000 euros par mois à l’échelle de sa flotte, un montant qui grimpe à mesure que les prix à la pompe augmentent. « Le banquier vous le rappelle à la fin du mois », résume-t-il. Même l’éventuelle instauration d’une taxe sur les voitures électriques ne le fait pas douter. « Par rapport aux économies réalisées face à une flotte thermique, ça restera négligeable », assure-t-il.
Les véhicules de sa société sont financés, selon les cas, par un prêt bancaire ou en location longue durée et les contrats sont négociés en direct avec les concessions locales, sauf pour Tesla qui fonctionne différemment. « Nous avons déjà regardé du côté des intermédiaires nationaux. Leurs offres n’étaient pas plus intéressantes qu’en direct », explique le DAF.
À chaque fin de contrat, la discussion reprend avec les concessions à proximité, et l’entreprise sait saisir les meilleures offres. Sur le haut de gamme, l’Audi Q6 e-tron l’a emporté face aux Tesla Model S et Model X, dont la production s’est arrêtée cette année : « À valeur d’achat identique, le loyer du Q6 était inférieur, pour un véhicule nettement mieux doté », explique Luc Eschbach. En entrée de gamme, en revanche, Tesla garde l’avantage, avec un Model Y actuellement proposé autour de 500 euros par mois.
Au moment de choisir un modèle, un critère passe avant tous les autres. « C’est la batterie qui fait la différence », tranche Luc Eschbach. Pas question de descendre sous les 60, voire 70 kWh de capacité. Pour les Audi, on monte même à 100 kWh bruts, soit 94,9 kWh utiles selon notre essai de l’Audi Q6 e-tron.
L’objectif est simple : qu’un collaborateur boucle une journée de travail sans avoir à recharger. Avec des clients répartis sur cinq départements, les trajets peuvent vite s’allonger. « Nos salariés ne doivent pas perdre de temps à attendre devant une borne entre deux rendez-vous », insiste le co-gérant.
Le gabarit compte aussi. Les voitures servant également le week-end pour le privé, l’entreprise privilégie des SUV au coffre généreux, capables d’emmener une famille en vacances. Tout comme le Q6 déjà évoqué, le Skoda Elroq coche pleinement cette case.
Dernière règle, et non des moindres : aucune marque chinoise. Dans la mesure du possible, « nous voulons des véhicules produits en Europe : des Tesla de Berlin, des Skoda, des Audi », énumère-t-il.

Si le dirigeant regrette que « la question de la recharge soit rarement abordée par les vendeurs », pour son entreprise « ce n’est plus un sujet ».
En effet, la recharge de la flotte s’organise d’abord au bureau. Avec la mise en place de bornes sur le parking de l’agence, S2i Evolution met à disposition de ses conducteurs pas moins de cinq points de charge : trois bornes de 22 kW et deux de 7,4 kW. À noter que les modèles de la flotte acceptent au mieux 11 kW en courant alternatif, ce qui suffit largement à remplir les batteries pendant la journée de travail.
Les bornes de 7,4 kW montrent cependant leurs limites avec les plus gros packs. « Pour un Q6 qui arrive avec 10 % de batterie, c’est un peu juste », reconnaît Luc Eschbach. Avec près de 95 kWh utiles, il faut en effet plus d’une dizaine d’heures pour refaire le plein à cette puissance.
Certains collaborateurs rechargent aussi chez eux. Par le passé, l’entreprise a pris en charge l’installation de bornes à domicile chez des salariés avec véhicules de fonction.
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Témoignage : avec sa BMW i4, ce gros rouleur fait 50 000 km par an !L’annonce d’une voiture de fonction électrique n’a pas toujours suscité l’enthousiasme. « Il y a de la réticence, bien sûr, chez ceux qui n’ont jamais roulé en électrique », admet Luc Eschbach. Mais ce premier mouvement de recul s’efface vite.
Le choix de modèles à grande autonomie et bien équipés y est pour beaucoup. Le réseau de recharge, « sans commune mesure avec ce qu’il était il y a quelques années », a fait le reste. Résultat : « Personne ne voudrait revenir en arrière. » Pour convaincre les plus hésitants, l’entreprise a sa méthode : le premier véhicule électrique confié à un collaborateur réticent est une Tesla. « C’est la garantie d’un réseau de recharge déjà en place, et d’un navigateur au point », confie Luc Eschbach.
Côté clients, en revanche, l’électrification de la flotte n’a rien d’un argument commercial. « Au début, nos voitures avaient un autocollant « Je roule propre ». Aujourd’hui, tellement d’entreprises s’y mettent que ça ne distingue plus personne », constate-t-il. De plus, un client croise un véhicule isolé, rarement la flotte entière, et ne soupçonne donc pas que tout le parc roule à 100 % à l’électricité.
Le choix des modèles, lui, a parfois lancé la conversation, surtout avec les clients proches. Mais le dernier arrivé, l’Audi Q6 e-tron, suscite plus de curiosité pour son standing que pour sa motorisation.
À un dirigeant qui hésite encore, Luc Eschbach répond avec des arguments de DAF. « Pour un particulier, une voiture électrique neuve a un coût. Pour une entreprise, le loyer est maîtrisé, on évite des malus conséquents et on fait de sérieuses économies sur l’énergie », plaide-t-il. La fiscalité des flottes de véhicules électriques reste, à ses yeux, favorable.
Il met aussi en avant la visibilité budgétaire. « Une entreprise a besoin de stabilité pour se projeter. L’électricité est produite chez nous. Son prix augmente, comme beaucoup de choses, mais il ne connaît pas les envolées des énergies fossiles, qui échappent totalement à notre contrôle », estime-t-il. Et de citer un scénario qui l’inquiète : « si les États-Unis arrêtaient de vendre du gazole à l’Europe, le litre pourrait grimper à 3, voire 4 euros. » Ces tarifs restent hypothétiques, mais illustrent bien la dépendance d’une flotte thermique à des marchés lointains.
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L’électrique gagnant : cette étude met en lumière l’impact énorme de la réforme des avantages en nature sur les véhicules de fonctionCe témoignage tranche avec l’image d’une électrification portée par la seule conviction environnementale. Chez S2i Evolution, la voiture électrique s’est imposée comme une ligne de budget mieux maîtrisée, renégociée à chaque fin de contrat, au gré des meilleures offres des concessions locales.
Son parcours illustre aussi la trajectoire de nombreuses PME : un passage décevant par l’hybride rechargeable, un premier SUV électrique européen, des Tesla pour rassurer les collaborateurs les plus hésitants, puis une diversification à mesure que l’offre s’étoffe.
Vous gérez une flotte d’entreprise ou roulez en voiture de fonction électrique ? Racontez-nous votre expérience en commentaires : économies, recharge, réactions des collègues, on veut tout savoir !
Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Luc Eschbach pour son accueil et son témoignage.
Afin de ne pas décourager nos lecteurs de témoigner dans le futur, tout commentaire désobligeant à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimé. Merci de votre compréhension.
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