Fiat Multiplina : une Citroën Ami avec quatre places dans seulement trois mètres, mais verra-t-elle le jour ?

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Avec ses quatre places, ses 3,04 mètres de long et sa motorisation électrique, la Fiat Multiplina veut inventer une nouvelle forme de mobilité urbaine. Présentée au Mondial de Paris, cette étonnante petite voiture pourrait arriver dès 2028. À condition que Fiat décide de la produire.

Au dernier Mondial de l’automobile de Paris, Fiat n’a pas seulement présenté des modèles destinés à renouveler sa gamme traditionnelle. Aux côtés du concept MultiplaY, le constructeur italien a également dévoilé la Multiplina, une petite voiture électrique dont les ambitions dépassent les dimensions.

L’idée ? Proposer les quatre places d’une véritable automobile dans un véhicule à peine plus long qu’une Citroën Ami, ou en l’occurrence d’une Fiat Topolino. Avec une vitesse maximale de 80 km/h et une autonomie envisagée de 120 à 150 kilomètres, la Multiplina pourrait constituer un compromis intéressant entre les voiturettes électriques actuelles et les citadines conventionnelles.

Mais ce projet, aussi séduisant soit-il, n’a pas encore reçu son feu vert industriel. Reçus quelques jours après le Mondial de Paris chez Stellantis, à l’ADN de Velizy, nous avons pu obtenir quelques informations supplémentaires sur cet « objet de mobilité », comme aime à l’appeler Guillaume Clerc, patron du produit de la marque. Voici ce que nous savons.

S’il faut le résumer en quelques points essentiels, le Multiplina c’est d’abord :

  • Un concept électrique de quatre places dont l’homologaion visée se situe dans la catégorie des quadricycles lourds L7e.
  • Des dimensions très réduites : 3,04 m de long, 1,40 m de large et 1,53 m de haut.
  • Une vitesse maximale visée de 80 km/h et une autonomie comprise entre 120 et 150 km.
  • Un positionnement tarifaire entre la Fiat Topolino et une future petite voiture conventionnelle.
  • Une commercialisation envisageable en 2028, sous réserve d’une décision de production qui n’a pas encore été prise.

À quoi ressemble la Fiat Multiplina ?

Son nom évoque immédiatement celui d’une Fiat historique : le Multipla. Non pas le Multipla des années 1990, mais de la Fiat 600 Multipla, présentée en 1956. Cette petite automobile parvenait à transporter six personnes dans seulement 3,50 mètres de long, notamment grâce à un habitacle avancé et à une exploitation particulièrement ingénieuse de l’espace disponible. Soixante-dix ans plus tard, Fiat reprend cette philosophie, en y ajoutant les contraintes et les possibilités offertes par l’électrification.

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La filiation est visible. La Multiplina, pour laquelle les designers ont d’emblée évacué l’idée d’une Topolino rallongée, adopte un pare-brise très avancé, une silhouette haute et arrondie façon goutte d’eau, typique des années 50, ainsi qu’une carrosserie bicolore. La face avant, dépourvue de calandre traditionnelle, reçoit une petite « moustache » qui rappelle celle de son ancêtre. Les prises d’air arrière constituent un autre clin d’œil à la 600 Multipla originelle. Le résultat est un véhicule à l’allure sympathique, dont le dessin cherche manifestement à se distinguer des petites voitures électriques aux formes plus conventionnelles.

Cette recherche d’une identité particulière s’inscrit dans le pan Dolce Vita de la stratégie actuelle de Fiat (par opposition au pan Cool Tool où sont rangés les Panda, Grizzly et autres futurs oursons) : le constructeur privilégie une certaine chaleur esthétique, notamment à travers les couleurs, les formes et les références à la culture italienne. La teinte orangée, par exemple, a été choisie en référence à celle d’un jus d’orange de Sicile fraichement pressé.

Quatre places dans 3,04 mètres : comment est-ce possible ?

C’est évidemment l’une des principales particularités de la Multiplina. Avec 3,04 mètres de long, elle est nettement plus courte que les citadines électriques conventionnelles, tout en revendiquant quatre véritables places. Sa largeur limitée à 1,40 mètre devrait également faciliter son utilisation dans les rues étroites et l’occupation de places de stationnement souvent réduites dans les métropoles européennes, comme Paris ou Rome. En revanche, cette étroitesse impose nécessairement des compromis en matière d’espace aux épaules. La hauteur de 1,53 mètre et l’avancement de la cellule habitable permettent de dégager davantage de volume pour les occupants.

Si le constructeur imagine la Multiplina pour des utilisations comme les trajets domicile-travail, l’accompagnement des enfants à l’école ou les courses quotidiennes, il reste cependant plusieurs inconnues.

Le modèle que nous avons pu approcher et dont nous avons pu voir l’intérieur ne correspond pas à la façon dont Fiat entend aménager son minispace électrique, même si le vide-poche sous forme de sac rond accroché à la planche de bord et qui se réfère directement à la roue de secours du Multipla originel pourrait être conservé. On peut également imaginer que pour des raisons de coûts, une partie du mobilier de la Topolino pourrait être reprise. Et puis, les cotes exactes de l’habitacle, l’espace disponible aux jambes ou encore la capacité du coffre envisagées demeurent inconnues. Or, avec quatre personnes à bord d’un véhicule de trois mètres, la question des bagages risque de devenir rapidement prégnante.

Pourquoi choisir la catégorie des quadricycles lourds ?

La catégorie d’homologation visée sera probablement le choix technique le plus déterminant du projet. Plutôt que de concevoir une automobile répondant à toutes les normes de la catégorie M1 (ou de la possible future M1E), Fiat a choisi d’étudier une homologation L7e, celle des quadricycles lourds. Or, cette classification prévoit des contraintes réglementaires très différentes, notamment en matière de masse et de sécurité passive.

Pour un quadricycle lourd destiné au transport de personnes, la masse à vide est notamment limitée à 450 kg, hors batteries dans le cas d’un véhicule électrique. Un objectif particulièrement exigeant pour un modèle destiné à embarquer jusqu’à quatre passagers. Ce cadre réglementaire permet toutefois d’envisager une voiture sensiblement plus petite qu’une automobile traditionnelle. « Descendre sous les 3,60 mètres, c’est difficile quand on respecte toutes les normes de crash », nous explique-t-on chez Fiat, et « les 60 ou 70 centimètres gagnés par rapport aux petites citadines conventionnelles représentent une différence considérable dans les grandes villes ».

Cette classification implique cependant une contrainte majeure par rapport aux voiturettes légères comme les Fiat Topolino et Citroën Ami : la Multiplina nécessitera a minima un permis de conduire B1, adapté à la catégorie L7e.

Le patron du produit de Fiat n’y voit pas nécessairement un obstacle rédhibitoire : « une part importante des acheteurs de Topolino sont des adultes de plus de 50 ans, utilisant ce véhicule comme deuxième ou troisième moyen de transport du foyer. » La Multiplina pourrait donc intéresser une clientèle similaire, à la recherche d’un véhicule urbain plus polyvalent.

Quelle motorisation et quelle autonomie ?

La Fiat Multiplina sera exclusivement électrique. Si le constructeur n’a pas encore dévoilé ses caractéristiques techniques définitives, il suffit de se pencher sur ce qu’autorise la norme L7e pour déduire que sa puissance sera limitée à 20 chevaux, avec une vitesse maximale possible de 80 km/h.

Quant à l’autonomie, Fiat vise une valeur comprise entre 120 et 150 kilomètres. Il ne s’agit toutefois pas encore d’une valeur d’homologation, mais d’un objectif de développement. Cette autonomie qu’on pourrait considérer comme modeste paraît toutefois cohérente avec la vocation urbaine du véhicule. Elle pourrait permettre de limiter la capacité de la batterie, son poids, son encombrement et son coût.

Pour le reste, rien n’est encore arrêté officiellement. Concernant la capacité de la batterie, notamment, ou encore sa recharge. Mais même si on ignore ce qu’a prévu Fiat pour faire le plein, on imagine une batterie 48 volts autour de 10 ou 11 kWh et puissance de recharge limitée à la capacité d’une prise domestique, comme sur une AMI.

La Multiplina pourra-t-elle sortir des villes ?

Voilà l’un des principaux handicaps du projet. En France, les quadricycles à moteur de la catégorie L7e peuvent rouler sur les départementales et routes nationales, mais n’ont pas accès aux autoroutes ni aux routes express. Une limitation qui peut considérablement compliquer certains déplacements, notamment sur les rocades qui ceinturent les grandes agglomérations.

Fiat reconnaît volontiers cette difficulté, mais évoque — sans pouvoir la garantir à ce stade — la piste d’une évolution de la réglementation française qui viendrait à autoriser plus largement certains quadricycles lourds à circuler sur ces axes.

Une telle perspective lèverait à n’en pas douter l’un des freins majeurs à l’adoption de ces engins, au moment où des concurrents comme Silence, Weez, Kilow ou Liux pour n’en citer que quelques-uns, font évoluer leurs propositions ou en avancent des nouvelles.

Fiat peut-il réussir sur ce marché ?

Le marché européen des quadricycles lourds électriques reste particulièrement réduit, malgré l’existence ancienne de cette catégorie réglementaire. Fiat estime pourtant pouvoir y trouver sa place et s’appuie pour nous (ou s’en) convaincre sur les précédents de la Citroën Ami et de la Fiat Topolino, deux modèles dont le succès commercial n’allait certainement pas de soi lors de leur lancement. Selon lui, l’arrivée de la Topolino n’a pas détourné des acheteurs de la Citroën et, au contraire, a permis d’élargir le marché en lui apportant quelque 20 000 ventes supplémentaires.

Pour le constructeur turinois, un produit original, affichant un tarif attractif et des prestations adaptées aux besoins réels des utilisateurs, peut donc créer sa propre demande. Surtout, la marque identifie une lacune dans l’offre actuelle : l’absence d’un quadricycle lourd électrique à quatre places comparable au projet de Fiat.

Quel prix pour la Fiat Multiplina ?

C’est évidemment l’une des grandes inconnues du projet. Fiat ne communique encore aucun tarif, mais fixe plutôt une fourchette logique entre le prix d’une Topolino et celui annoncé d’une future 2CV ou d’une Fiat Koala, cette dernière visant le futur règlement M1E.

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« Il faut qu’une Topolino soit plus petite et moins chère qu’une Multiplina, qui doit être plus petite et moins chère qu’une future Panda ou quel que soit l’objet qu’on fera », nous confirme Guillaume Clerc. L’objectif est donc d’établir une progression claire, aussi bien en matière de prix que de prestations.

Quand la Fiat Multiplina sera-t-elle commercialisée ?

Rien n’est encore décidé. Alors que les premières évocations du projet laissaient envisager une commercialisation en 2028, le directeur des produits Fiat nous a confirmé que le lancement industriel de la Multiplina n’était pas encore validé. « Il nous faut moins de deux ans pour la faire, quand on aura appuyé sur le bouton. Si elle se fait, on aura décidé dans les semaines qui viennent. »

Autrement dit, le développement du véhicule ne constituerait pas le principal obstacle à son arrivée sur le marché, mais Fiat doit d’abord valider l’existence un potentiel commercial suffisant pour justifier son industrialisation. Un feu vert donné avant la fin de 2026 pourrait donc permettre une commercialisation en 2028, mais le calendrier reste entièrement conditionnel.

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